Vendredi 22 septembre 2017

Cette citation de Kafka, dans le livre de Pennac : « Mon grand-père avait coutume de dire : »la vie est étonnamment brève ». Dans mon souvenir elle se ramasse aujourd’hui sur elle-même si serrée que je comprends à peine (par exemple) qu’un jeune homme puisse se décider à partir à cheval pour le plus proche village sans craindre que -tout accident écarté- une existence ordinaire et se déroulant sans heurts ne suffise pas, de bien loin, même pour cette promenade. »

Mercredi 8 février 2017

Peut-être devons-nous parler encore un peu plus bas,
De sorte que nos voix soient un abri pour le silence ;

Ne rien dire de plus que l’herbe en sa croissance
Et la ruche du sable sous le vent.
L’intervalle qui reste à nommer s’enténèbre, ainsi
Que le gué traversé par les rayons du soir, quand le courant
Monte jusqu’à la face en extase des arbres.
(Et déjà dans le bois l’obscur a tendu ses collets,
Les chemins égarés qui reviennent s’étranglent.)
Parler plus bas, sous la mélancolie et la colère,
Et même sans espoir d’être mieux entendus, si vraiment
Avec l’herbe et le vent nos voix peuvent donner asile
Au silence qui les consacre à son tour, imitant
Ce retrait du couchant comme un long baiser sur nos lèvres.

Jacques Réda, La voix dans l’intervalle, Amen (c) 1968